| A partir de quand la conscience de l'Amour
apparaît-elle ?


Je crois tout à fait possible qu'une conscience de l'Amour
n'intervienne jamais chez un individu de même que l'intelligence de l'espace-temps ou la
perception du bien et du mal.
La mère de Marcel était une très belle femme. Avec elle
au village, nous avions une véritable Brigitte Bardot à portée de main.
Au temps où le sigle "BB" n'évoquait
strictement rien à mon âme enfantine, Louise régnait déjà sans partage sur l'embryon
de bourgeon lumineux qui siégeait au centre de mon hypothalamus.
Il est probable qu'elle ne tombera jamais sur ces lignes,
mais il l'est tout autant qu'elle a eu à un moment ou l'autre à connaître de l'amour
embryonnaire que je lui portais.
Et je n'étais certainement pas le seul à lui vouer ce
type de sentiment.
Il est des êtres dont on pourrait croire que leur unique
fonction sur terre est de susciter l'amour. C'est en les observant qu'on peut le mieux
comprendre l'avantage qu'on a de leur ressembler.
Une sorte d'éducation par l'exemple qui ne nécessite pas
énormément d'investissement.
Louise faisait partie de ces êtres exemplaires.
En dehors de sa grande douceur de caractère elle était
belle,
très belle.
Quand je compulse les vieux albums de
photos, je ne peux m'empêcher de m'arrêter chaque fois sur celles où on la voit en jupe
moulante fendue, avec sa large ceinture dorée qui faisait une admirablement liaison entre
ses hanches gracieuses et sa divine poitrine.

Posters
de Marilyn
Mon père aussi avait un faible pour la belle Louise.
Le problème avec papa - qui n'était pas laid du tout
- c'est qu'il n'avait guère la manière. Pour être aussi nul auprès des femmes, il
fallait sans aucun doute que durant sa formation il n'ait pas eu beaucoup d'exemples
valables sur lesquels s'inspirer.
Quand papa décidait de faire la cour, il fallait
s'attendre au pire.
Pas qu'il soit un homme brutal ou pressé de conclure. Loin
de là ! Justement ! Toute l'horreur se concentrait dans l'escalade de sa galanterie
caricaturale. Il finissait par ressembler au frère Fétide de la famille Adams qui
tomberait amoureux de sa propre image.
Revenons à Louise.
En ce temps là il n'y avait pas de
piscines à tous les coins de rue. On apprenait à nager dans la rivière. C'était froid,
dangereux, mais il n'y avait rien d'autre.
Quand la chaleur de l'été nous écrasait, des groupes de
gamins convergeaient aux "Roses" : un emplacement où la rivière se prêtait
bien à la baignade.
Il y avait rarement des adultes et peu de filles. Mais
Louise venait de temps en temps pour voir si tout se passait bien car elle avait trois
fils.
Dans l'herbe, sur le bord, elle en profitait pour se
bronzer dans son
comment dire
son bikini décapant.
Il fallait être là !
J'apprenais vaguement à nager en me lançant avec courage
dans vingt centimètres d'eau, tout en veillant à ne pas m'éloigner du bord.
Elle eut pitié.
Quand je revois aujourd'hui en pensée - comme si
c'était hier - l'image de ses deux seins savoureusement bronzés et délicatement
supportés par des bonnets de vichy rose, dont la fibre distendue dévoilait en partie les
chairs restées blanches,
j'avoue que les seins de Louise, comme les yeux d'Anita, ont puissamment contribué à l'expression d'une
sensualité dont je leurs reste en partie redevable.
Encore merci.
© Cung Gia - Extrait du Château
des Moumirs

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